Comprendre le braconnage des lions en Afrique

Les lions sont braconnés pour plusieurs raisons. Depuis quelques années, la médecine traditionnelle chinoise (MTC) utilise des os de lion en substituts aux os de tigre pour fabriquer le vin de tigre, bien qu’il y ait très certainement d’autres usages. D’autre part, la pression démographique, le développement des villages devenant des villes, de l’élevage, tout cela multiplie les conflits homme-animal et les cas de braconnage de représailles se multiplient.

Braconnage pour la médecine traditionnelle chinoise

Les tigres se faisant de plus en plus rares et la demande augmentant, les trafiquants cherchent d’autres sources pour fabriquer le vin de tigre. Il existe de nombreuses fermes élevant des tigres en en Chine et au Vietnam, mais elles ne suffisent vraisemblablement pas à couvrir la demande, c’est pourquoi le lion d’Afrique est devenu une cible de choix. Sur le continent, la Chine est implantée partout pour des travaux d’infrastructures, pour la construction d’usines et l’exploitation de mines. Et la gouvernance faisant défaut, le manque chronique de moyens et la corruption laissent le champ libre aux mafias chinoises pouvant ainsi opérer sans être vraiment inquiétées.
Avec l’élevage de lions et la « chasse en boîte », pratiques détestables mais parfaitement légales, l’Afrique du Sud participe au développement du commerce d’os de lions. Des fermes se sont spécialisées depuis de nombreuses années déjà dans l’élevage de lions. En échange de quelques billets, les touristes de passage peuvent les caresser ou se promener en compagnie des fauves. Une fois adultes, les lions sont placés dans de grands enclos, leur tête est mise à prix et ils sont abattus par des chasseurs de trophée. Ces derniers repartent avec la tête et la peau, les os sont récupérés et envoyés en Asie.
L’Afrique du Sud obtient chaque année de la Convention sur le commerce des espèces menacées (CITES), organisme censé réguler – et freiner – le commerce mondial d’espèces sauvages, un quota d’exportation de 800 squelettes. Cet afflux a attisé la demande sur les marchés asiatiques et augmenté la valeur d’un lion sauvage mort partout en Afrique.

Les conflits avec l’homme : braconnage de représailles

En tant que grands prédateurs, les lions ont par définition besoin de place. Problème, les éleveurs de bétail empiètent sur leur territoire pour faire pâturer leurs animaux qui deviennent une cible de choix pour les fauves. Chasser un bovin domestique est bien plus facile et demande moins d’énergie que de s’attaquer à un buffle ou à un gnou. Quand les éleveurs perdent des animaux, ils braconnent en représailles parfois en utilisant du poison, provoquant des dommages collatéraux importants en empoisonnant les charognards se nourrissant des carcasses.

La « gestion » de la faune sauvage

CITES (Convention Internationale sur le commerce d’espèces menacées) et UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) font la promotion de la chasse comme outil de conservation quand les populations d’animaux sont en excès sur un territoire donné. Les revenus générés permettraient ensuite de financer la conservation d’une espèce menacée. Pour ce faire, la CITES distribue des quotas d’exportation permettant aux chasseurs étrangers de repartir avec leur trophée.
Problème, les populations de lion sont très fragmentées et loin d’être homogènes. Dans certaines régions et notamment en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, le lion est bien plus menacé qu’en Afrique australe. Et même en Afrique australe, certaines populations diminuent rapidement quand d’autres augmentent.
Au Burkina Faso, la chasse au lion restait encore autorisée en 2018 ; quotas trop élevés et non respectés dans 12 concessions pouvant faire tuer un à deux mâles chacune. Au Bénin, cinq lions peuvent être chassés chaque année. Cela fait plusieurs dizaines de lions prélevés chaque année sur une population estimée à environ 200 individus mâtures (mâles et femelles confondus) dans la région…
Si la population de lions « sauvages » en Afrique du Sud se porte mieux, c’est principalement dans les réserves clôturées d’une taille inférieure à 1000 km² et grâce à l’interventionnisme de l’homme. Les jeunes adultes sont relocalisés pour contrôler la population mais de plus en plus chassés ou euthanasiés. Des méthodes de contraception sont utilisées. Mais peut-on vraiment parler d’animaux sauvages quand l’être humain se doit d’intervenir constamment pour gérer une population de lions ?