La corne de rhinocéros, une marchandise convoitée

 

Contrairement aux défenses d’éléphants ou dents d’hippopotames constituées du précieux ivoire, la corne de rhinocéros est en fait composée de kératine, une protéine que l'on retrouve dans...nos cheveux qui en sont constitués à 95 %.

Comment expliquer alors l’engouement, voire la folie de certains pour se procurer coûte que coûte cette protubérance naturelle ?

L'explosion du braconnage des rhinocéros est expliqué par une augmentation de la demande qui provoque une flambée du prix de la corne de rhino. De nos jours, le kilo de corne de rhinocéros se négocie entre 50 000 et 60 000 dollars US.

Il faut noter des ventes d’objets d’art en France adjugés pour des montants très élevés (jusqu’à 350 000 €, de coupes ou calices libatoires d’origine chinoise en cornes de rhinocéros.

 

Coupe libatoire en corne de rhinocéros

Car comme l’ivoire, la corne de rhinocéros a souvent été considérée comme un matériau noble et précieux. On retrouve des poignards traditionnels de cérémonie dans le sultanat d’Oman, le kandjar, poignard à lame courbe constitué d’un manche en corne de rhinocéros. Mais c’est surtout au Yemen que les cornes de rhino ont été largement utilisées pour constituer le manche du Janbiya, là encore un poignard d‘apparat utilisé dans les cérémonies.

 

Poignard en corne de rhino

 

Mais l’utilisation de la corne de rhinocéros est plutôt orientée aujourd’hui vers la pharmacopée chinoise. Personne ne peut dire exactement quelle est l’origine exacte de cette croyance. Certains spécialistes ont avancé l’idée que les pouvoirs supposés aphrodisiaques de la corne prendraient leur origine dans la durée exceptionnelle des ébats sexuels des couples de rhinocéros. Comment la médecine chinoise a-t-elle ensuite intégré cette caractéristique ?

 

L'utilisation de la corne de rhino en médecine chinoise

 

C’est véritablement à la fin du XVIème siècle qu’un médecin et naturaliste chinois, Li Shizhen, a rédigé un ouvrage encyclopédique consacré notamment aux produits thérapeutiques et aux plantes médicinales. Il y dénombre près de deux mille substances thérapeutiques provenant de plantes, de minéraux et d’espèces animales. Même si à l’époque la corne de rhinocéros et les os de tigres sont cités, c’est plus pour leur utilisation en tant que poison ou hallucinogène.
Au cours des siècles qui suivent, les piliers de la médecine chinoise se développent plus largement autour de l’acupuncture, du massage traditionnel ou du Qi Gong, la pharmacopée s’appuyant essentiellement sur la phytothérapie. L’usage des produits issus des espèces animales n’est pas très répandu. Et avec l’arrivée des colons européens, la médecine traditionnelle subit la concurrence forte de la médecine occidentale moderne, ce qui ralentit l’utilisation de certaines substances médicinales traditionnelles.

C'est ainsi que Li Shizhen décide d'entreprendre lui-même la tâche colossale de publier une encyclopédie de l'histoire de la pharmacopée naturelle (herboristerie) véritablement à jour. Au cours des époques précédentes, les ouvrages de cette ampleur avaient été rédigés par des commissions impériales ou financés par de riches particuliers. Disposant de moyens très modestes, Li travaille seul, étudiant une immense quantité de documents et rassemblant le plus de spécimens de pharmacopée et formules médicinales possibles. Le résultat de ce travail est le Bencao gangmu, encyclopédie de la nature qui contient des milliers d'articles traitant du minéral, de la zoologie, de la botanique et de substances diverses qui n'ont jamais été mentionnées auparavant.

 

Mao a relancé la médecine traditionnelle

 

Dans les années cinquante, Mao Ze Dong a redonné ses lettres de noblesse à la médecine traditionnelle chinoise, pour contrer la présence de la médecine moderne, symbole de l’impérialisme occidental, et donc favoriser ses théories communistes. On peut donc parler d’une culture de cinquante années mais certainement pas millénaire, tout du moins pour la consommation de produits thérapeutiques extraits d’animaux sauvages.

De nombreuses organisations occidentales mais aussi chinoises ont pour objectif de dénoncer cette fausse croyance. Aucun scientifique digne de ce nom n’a été capable de prouver que la poudre de corne de rhinocéros avait un quelconque pouvoir aphrodisiaque. En attendant que les mentalités changent et que ces croyances disparaissent, il faut tenir sur le terrain et faire en sorte de continuer à protéger les rhinocéros !